Source: UNIL, prof. Philippe Bacchetta (pdf)

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source de l'image: tdg

La Banque nationale suisse (BNS) a annoncé le 15 janvier 2015 l'abolition du cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro. Pourquoi cette décision? Quelles conséquences? Philippe Bacchetta, professeur d'économie à HEC Lausanne et passionné depuis toujours des questions de taux de change, nous explique.

L'annonce de la BNS est-elle une surprise?

Pas vraiment, même si la date de l’annonce est bien sûr une surprise. Depuis 2011, la BNS achète des euros afin de garantir le cours plancher et préserver l'économie suisse d'un franc trop fort. Mais cela n'est possible que tant que les réserves en devises* cumulées par la BNS n'augmentent pas trop ou pas trop vite. La semaine dernière, les résultats de décembre ont été annoncés: en un seul mois, ses réserves ont augmenté de 7%.undefined

Pour plusieurs raisons nous pouvions nous attendre à des interventions croissantes de la part de la BNS. La politique du cours plancher devenait difficile à maintenir plus longtemps.

Les médias relaient autant de réactions préoccupées que de propos rassurants. Faut-il s'inquiéter?

L'abolition du taux plancher a un coût, c'est certain. Le franc suisse va s'apprécier pendant plusieurs mois, à un niveau qu'il est difficile de prévoir. Il y aura de l'inflation négative et certains secteurs vont traverser une période difficile: le tourisme, l'industrie d'exportation, et donc les emplois.

Nous allons assister à une baisse de la croissance, mais il n'y a pas de raison de paniquer: cela ne nous mènera pas à une récession. L'appréciation de notre monnaie n'est pas une catastrophe.

Il faut comprendre que la situation n'est pas ce qu'elle était en 2011. A l'époque, en plus des problèmes liés au cours de l'euro, l'économie américaine allait mal. Aujourd'hui, l'effet est moins fort. Le dollar s'est apprécié, l'économie américaine va mieux et les perspectives dans la zone dollar sont donc meilleures. En parallèle, le prix du pétrole a notablement baissé par rapport à 2011. Les coûts sont alors en partie plus faibles pour les entreprises.

D'ailleurs le prix du pétrole va encore baisser du fait de l'abandon du cours plancher, de même que pour les autres produits d'importation. Si nous voulons voir cela sous un angle positif, le pouvoir d'achat des Suisses va globalement augmenter.

La BNS a abaissé les taux d'intérêts: quelles en sont les conséquences pour tout un chacun?

undefinedAfin d'atténuer les effets de l'abolition du cours plancher, la BNS a en effet abaissé les taux d'intérêts pour rendre les placements en francs suisses moins attrayants. Les banques vont-elles continuer à offrir des intérêts à leurs épargnants? Ce n'est pas sûr, car elles n'ont plus de rendements. Les banques facturent de plus en plus de services pour compenser cette perte, cela a déjà commencé.

Autre conséquence: la spéculation immobilière pourrait augmenter à cause de la baisse des taux d'intérêts, avec des taux hypothécaires qui quant à eux ne vont pas augmenter, voire baisser. (source de l'image: immobiliersuisse)


* Les réserves de change sont des avoirs en devises étrangères et en or détenues par la banque centrale ($550 MM pour la BNS en décembre 2014, soit la 4e réserve mondiale / source: wikipédia). Elles prennent la forme de bons et obligations émises par les États étrangers. Elles sont utilisées pour réguler les taux de change, en augmentant ou diminuant la demande sur une monnaie donnée. Pour plus d'information sur les objectifs et tâches de la Banque nationale suisse.

Support de cours ecol2.com sur le rôle et la régulation de la monnaie.