Source: Le Temps (Laure Lugon)

Dans la petite famille des cantons romands, Genève tient un peu le rôle de la vieille tante excentrique. Celle qui fait de sa singularité une gloire, tantôt suffisante, tantôt provocatrice, souvent capricieuse. Cette semaine, le canton n’a pas fait mentir sa légende. Après avoir réagi vertement aux mesures annoncées par Alain Berset, tout comme ses voisins latins, il n’a cependant pas daigné signer le communiqué conjoint des six autres cantons romands, à la suite de la consultation lancée par le Conseil fédéral. Faute de temps, semble-t-il. A d’autres.

Evidemment, nul ne remet en cause les souverainetés permises par le fédéralisme. Celui-ci a ses exigences, ses subtilités, ses coquetteries et son amour-propre. Genève manifeste son exception, et alors? Disons que c’est malhabile, une occasion manquée de montrer envers les autres Romands une solidarité dans l’épreuve et d’offrir à la Confédération un front véritablement uni. C’est la deuxième fois en peu de temps que Genève joue les originaux. Déjà, début novembre, le bout du lac avait essuyé les critiques en fermant ses commerces et ses restaurants sans concertation avec les cantons voisins. Et cette semaine, rebelote.

Si cela devait être un mouvement d’humeur d’une République parfois fantasque, passe encore. Mais on a plutôt l’impression d’une cacophonie et d’un manque d’unité au sein du gouvernement. Empêtré dans les affaires Maudet – pluriel requis au vu des différents rebondissements –, soumis aux défis d’une crise sans précédent, le gouvernement semble incapable de cohésion autour de positions fortes et assumées. Cantons et Confédération sont certes écartelés entre les exigences sanitaires et les besoins économiques. Cette tension s’exprime d’ailleurs dans toutes les décisions, faisant hurler les citoyens (auto-promus experts) au manque de cohérence. Mais à Genève plus qu’ailleurs, cette tension est manifeste. C’est peut-être l’explication la plus plausible à l’absence de paraphe au bas du document commun.