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Dans la galaxie des jeux vidéos pour smartphones, Pokémon Go a fait une entrée fracassante cet été. Lancé début juillet par Niantic Labs, ce jeu, qui utilise la réalité augmentée pour mettre en scène Pikachu et ses acolytes, compterait déjà plusieurs dizaines de millions d'utilisateurs.

Le principe est assez simple. Le créateur de Pokémon Go place un peu partout dans le monde, virtuellement et via le système du GPS, des Pokémons, sortes de petites bêtes fantastiques. Les joueurs, une fois l'application Pokémon Go installée sur leur smartphone, deviennent des chasseurs-dresseurs de Pokémons qu'ils doivent « attraper ». Le GPS, les cartes de navigation, ainsi que différentes techniques et autres objets inclus dans l'application ou qu'ils doivent se procurer sont là pour les aider.

undefinedLes Pokémons peuvent se trouver partout : dans la rue, les centres-commerciaux, les parcs publics, les églises, les préaux d'école, sur une aire d'autoroute, sur l'épaule de la voisine dans le bus, etc. En règle générale, une chasse exige de marcher relativement longtemps. Les partisans du jeu n'hésitent dès lors pas à dire que jouer à Pokémon Go revient à faire du sport.

Il existe également des arènes, lieux de combats – virtuels bien sûr ! – et qui se jouent en équipe, des pokéstops, qui permettent aux joueurs de récupérer des objets facilitant leur activité de chasseur. Enfin, l'application possède sa propre boutique qui vend du matériel utile aux joueurs. Ce matériel peut être acheté avec la monnaie virtuelle du jeu, la Poképièce. On se procure cette monnaie soit en remportant des combats dans l'arène soit, et c'est en général plus rapide avec de l'argent réel qui sera débité sur la facture du téléphone. C'est précisément le principe free-to-play ou freemium, jeu gratuit d'accès, mais plus captivant si on y met le prix. D'ailleurs en un mois, Pokémon Go aurait rapporté à Niantic et à ses parrains – Google et Apple – plus de 200 millions de dollars.

Que risque-t-on ?

L'aspect le plus contestable du jeu réside dans le fait que l'application a accès aux données personnelles des joueurs, qu'elles soient contenues dans le smartphone, sur sa plate-forme Google Apps (il faut fournir une adresse e-mail valable pour installer le jeu), sur Facebook etc. sans parler de la traçabilité de tout joueur, puisqu'il est impossible de jouer sans GPS actif. A tel point qu'aux Etats-Unis, Niantic est sous le coup d'une enquête pour atteinte à la vie privée des utilisateurs de Pokémon Go.

Autre point dérangeant, le désordre que le jeu peut engendrer. On recense quelques dérapages assez graves telles qu'une émeute dans une propriété privée transformée en arène Pokémon, des accidents de voitures, des batailles de rue, des lieux de cultes perturbés, etc. Ces perturbation ont amené des responsables de communes, de lieux de mémoire ou sensibles à exiger de Niantic d'oublier leur « territoire ».

L'addiction que peut provoquer ce jeu n'est pas non plus passée inaperçue auprès des enseignes commerciales. Nombre d'entre elles ont installé des leurres et des Pokéstop pour attirer des joueurs. Ceux-ci, alors qu'ils n'avaient rien demander peuvent se retrouver dans un fast-food, une boutique de vêtement, un tee-room, un centre commercial, etc.

Comment réagir ?

Pour le moment, d'un point de vue général, il n'existe pas de demie-mesure. Soit on installe Pokémon Go et on s'expose à tous les risques, soit on ne l'installe pas ou on le désinstalle.

Soulignons toutefois que ce jeu n'a pas sa place dans un cadre scolaire. A Genève, les règlements internes à chaque établissement délimitent le périmètre d'utilisation des téléphones.

Enfin, l'utilisation des données personnelles de Pokémon Go en fait un outil incompatible avec la loi genevoise sur l'instruction publique. Ce jeu pourra cependant être évoqué dans les cours de Médias et images au cycle d'orientation où l'enseignant-e l'inscrira dans une mise en perspective plus large et historique ou dans une approche préventive à l'égard des nouvelles technologies.

En savoir plus

"Pokémon Go ou la chasse… aux données personnelles des joueurs" article du 21 août 2016 repris par l'Obs Rue89, dont l'original a été publié sur The Conversation

Dossier réalisé par action innocence

"Peut-on laisser nos enfants jouer avec Pokémon Go?", dossier réalisé par "app-enfant" et destiné aux parents d'enfants ayant 12 ans au maximum

"Pokémon Go", phénomène du jeu sur smartphone, est lancé en France, article du Monde du 24 juillet 2016

"Pokémon Go envahit la ville", article du Courrier du 28 juillet 2016