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Politique monétaire et banque central: quel mandat?

Source: Le Temps

Tous les regards sont tournés vers la Banque centrale européenne (BCE) qui devrait décider jeudi de la suite qu’elle donnera à son programme d’assouplissement monétaire. Celui-ci – rachat d’actifs à hauteur de 60 milliards d’euros par mois et des taux d’intérêt négatifs – a été introduit graduellement dès janvier 2015 pour donner une impulsion à la zone euro se trouvant alors en plein marasme. Fabrizio Quirighetti, stratège de la banque Syz à Genève, précise ses attentes.

Qu’attendez-vous de la réunion de jeudi?

Toutes les conditions sont désormais réunies pour envisager une sortie du programme d’assouplissement monétaire. J’attends des indications sur le rythme et sur la vitesse de cette sortie. La récente appréciation de l’euro est certes un élément perturbateur dans la prise de décision de la BCE, mais le processus d’un retrait du programme est bel est bien enclenché. Cela pourrait passer par une réduction graduelle des achats d’actifs ainsi qu’une lente remontée des taux.

La fin du programme est-elle donc inéluctable?

Oui, dans la mesure où la BCE n’aura bientôt plus d’obligations allemandes à acheter. A moins qu’elle ne change les critères de répartition et/ou n’admette l’achat de nouvelles formes d’obligations. Mais par-dessus tout, la zone euro a retrouvé la croissance et le crédit arrose à nouveau l’économie.

Enfin, le risque de déflation – baisse généralisée des prix – est écarté. Je ne veux pas dire que tous les problèmes sont résolus dans la zone euro. Par exemple, les bilans de certaines banques, notamment en Italie, doivent encore être assainis.

Mais la BCE, dont la principale tâche est de veiller à la stabilité des prix, n’a toutefois pas atteint son objectif d’inflation de 2% par an…

Deux écoles s’affrontent sur le sujet. La première estime que l’inflation va revenir, mais pas tout de suite. L’économie doit encore rattraper le retard avant qu’une pression sur les salaires s’installe. La deuxième école, qui est la mienne, estime qu’il y a un problème structurel. Nous disons que la situation dans la zone euro est comparable à celle au Japon où l’inflation est morte.

En réalité, les prix baissent en Europe. Les produits à haute contenance technologique, le taxi grâce à Uber, les voyages grâce à Booking ou Airbnb coûtent dorénavant moins cher. Le panier de la ménagère tel qu’il est considéré dans l’indice des prix ne vaut pas plus aujourd’hui qu’il y a quelques années.

En plus, il est de moins en moins représentatif de la moyenne à cause d’une inégalité/dispersion croissante des habitudes de consommation. Dès lors, j’estime qu’on ne peut pas prendre de bonnes décisions si l’on se base uniquement sur cet indice des prix.

Et donc?

Il faut revoir le mandat de la BCE, comme celui de toutes les banques centrales. Si l’inflation ne revient pas, elles doivent trouver d’autres raisons pour continuer à exister.

Pour le moment, on voit qu’à cause de la bonne tenue de l’économie, ce sont surtout les prix des actifs financiers et immobiliers qui s’envolent grâce aux politiques monétaires (trop) accommodantes. Il y a de quoi s’inquiéter car les graines de la prochaine crise financière ont déjà été semées.

Les banquiers centraux s’étaient réunis tout récemment à Jackson Hole. Que se sont-ils dit?

Cette réunion était bien une montagne qui a accouché d’une souris. La présidente de la Réserve fédérale Janet Yellen et son homologue européen Mario Draghi apparaissent comme des pyromanes qui demandent aux pompiers (la régulation) de ne pas trop s’éloigner. Ils ont tout deux laissé entendre que l’inflation va revenir. Je prends le pari inverse.

Revenons à l’euro. La remontée vis-à-vis du dollar ne pourrait-elle pas freiner une décision de la BCE?

La monnaie européenne s’est effectivement appréciée d’environ 10% depuis janvier. Cette hausse ne s’explique pas seulement par la bonne tenue de l’économie de la zone euro et la dissipation des craintes politiques, mais aussi par la faiblesse du dollar liée notamment à la déception aux Etats-Unis vis-à-vis de son économie et du président Donald Trump.

Une monnaie forte exerce des pressions déflationnistes et freine la croissance. Cela dit, je pense que même si l’euro continue à s’apprécier, le rythme sera bien plus lent et graduel dorénavant.

Dans une semaine, ce sera au tour de la Banque nationale suisse (BNS) de passer en revue sa politique monétaire. Que peut-on attendre de cette réunion?

La BNS ne bougera pas avant la BCE…

Faillite d'un pays: le cas d'école de l'Argentine

Source: Rédaction du Journal du net (JDN) - novembre 2011

En 2002, l'Argentine décidait de ne pas honorer 95 milliards de dollars de sa dette. Plusieurs années après, force est de constater que l'Argentine se porte plutôt bien. Sa situation est quasi normalisée sur le plan de la dette et la croissance est plus que jamais dynamique. Retour sur cette crise qui secoua beaucoup de monde.

Les prémices de la crise

En 1991, l'Argentine décide de caler le cours de sa monnaie, le peso, sur le dollar. Une manœuvre efficace certes pour stopper une inflation galopante mais qui conduit à une "dollarisation" du pays et à une hausse des importations, leur coût étant réduit grâce à la nouvelle parité. A la fin des années 1990, 90% de la dette argentine est libellée en devises étrangères, principalement en dollars. L'Argentine souffre aussi de maux structurels tels qu'un système bancaire mal développé (et donc une forte dépendance aux marchés financiers internationaux), ou des tensions politiques récurrentes.

En 1999, la brusque dévaluation du real brésilien et la montée constante du dollar provoquent un blocage des exportations, désormais moins compétitives. Le pays entre en récession et le taux de chômage progresse de plusieurs points en quelques mois. Fin 2001, la charge de la dette représente un cinquième des dépenses de l'Etat.

La faillite

Entre 1998 et 2001, pas moins de sept plans d'austérité vont se succéder, sur demande du FMI, qui apporte des fonds au pays: coupes dans les aides sociales, baisse des salaires, etc. Une potion amère qui ne fait qu'empirer la situation: les ménages réduisent leur consommation et la croissance se bloque. Le 1er décembre 2001, alors que les Argentins se précipitent dans leurs banques pour retirer leur argent (8 milliards de dollars sont retirés en quelques jours), le gouvernement est obligé d'imposer une limite de retrait de 250 dollars par personne et par semaine.

Les 9 et 10 décembre 2001, la crise dégénère: des émeutes violentes et des pillages font 39 morts à Buenos Aires. Le pays change 5 fois de président en quelques jours et sombre dans "l'enfer", comme le dira lui-même le président Nestor Kirchner au pouvoir à partir de 2003.

Le 6 janvier 2002, le président Duhalde se résout à mettre fin à la parité peso-dollar et instaure un double taux de change: l'un officiel à 1,40 peso pour 1 dollar et l'autre libre. Mais la crise s'aggrave encore: la production industrielle et la consommation s'effondrent, les rentrées fiscales fondent, l'inflation s'envole.

Le 22 septembre, au bout du rouleau, le gouvernement annonce un plan de restructuration qui équivaudra une fois réalisée à une réduction de 75% de sa dette et le non-remboursement des emprunts d'Etat contractés par des milliers d'épargnants étrangers. Plusieurs effets en seront les conséquences.

Effets

La purge sociale

En 2002, le PIB argentin dégringole de 11%. 57% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et le taux de chômage dépasse les 20%. En un an, la dette publique passe de 63% à 135% du PIB. On voit apparaître dans les rues des "piqueteros", des pauvres et des chômeurs qui coupent les routes pour exiger du travail et du pain. Les Argentins doivent renoncer aux produits américains dont ils raffolaient en raison du coût exorbitant des biens importés.

Les négociations sur la dette

Plusieurs cycles de négociations seront nécessaires pour acter le défaut de paiement, en 2005 et en 2010. La dette publique argentine est en effet composée de 152 obligations distinctes, émises en 14 monnaies différentes et répondant à 8 législations. Tout en refusant de relever son offre vis-à-vis des créanciers privés, l'Argentine accepte en mars 2004 de payer l'échéance de 3,1 milliards de dollars qu'elle doit au FMI, évitant au pays d'entrer en défaut de paiement vis-à-vis de l'institution.
Le 25 février 2005, 76% des détenteurs d'obligations (essentiellement des petits épargnants) finissent par accepter d'être remboursés à un taux très faible (0,32 dollars pour 1 dollar prêté). Les banques, elles, ont limité la casse en transférant leurs avoirs avant la dépréciation massive des titres de dette. C'est en tous cas une victoire politique pour le président Nestor Kirchner et surtout pour son ministre de l'Economie Roberto Lavagna.

La relance de la croissance

Après avoir touché le fond, l'économie argentine repart très vite et de manière vigoureuse: 8,9% de croissance en 2003 et 9% en 2004. Le gouvernement prend alors le contrepied de toutes les politiques préconisées par le FMI : multiplication des aides sociales, relance des dépenses publiques... La dévaluation du peso lui permet de relancer ses exportations et de privilégier sa propre production. L'Argentine a durant cette période bénéficié d'un contexte favorable, comme le boom des prix du soja (+150% entre 2003 et 2011), qui représente un quart de ses exportations en valeur, et le dynamisme du Brésil, son voisin direct.

Une crise qui a laissé des traces

Des années de crise, le pays garde une profonde aversion envers le FMI. Depuis qu'il lui a totalement remboursé sa dette (9,5 milliards de dollars) en 2006, il refuse que l'institution vienne mettre le nez dans ses comptes. Certains créanciers récalcitrants, dont le Club de Paris, mènent aujourd'hui encore une bataille judiciaire pour récupérer leurs titres, ce qui empêche l'Argentine de revenir sur les marchés financiers internationaux. Aujourd'hui, l'excédent commercial est donc la seule manière de générer des devises pour l'Argentine... avec la création de monnaie, ce qui est très risqué car générateur d'inflation. Mais ce dernier obstacle est en train d'être lui aussi levé : le Club de Paris a fini par accepter de négocier avec l'Argentine sans intervention du FMI, la condition étant jusqu'ici jugée indispensable.

L'Argentine peine également à restaurer une crédibilité économique. Les observateurs s'accordent à dire que les chiffres officiels de l'inflation et du chômage sont sous-évalués. Les grandes entreprises qui s'étaient précipitées pour y investir lors de la vague de privatisation des années 1990, ont presque tout perdu lors de la crise. De quoi refroidir les ardeurs des nouveaux investisseurs... même si ces derniers sont à nouveau alléchés par les taux de croissance impressionnants du pays.

Politique monétaire: La monnaie unique est-elle un échec?

Source: Le Temps - 16 février 2015

Le constat est sans appel, pour Athanasios Orphanides, ancien gouverneur de la Banque centrale de Chypre. "Les tensions qui reprennent dans la zone euro sont la preuve que la monnaie unique a été un échec", selon l’ancien gouverneur de la Banque centrale de Chypre.

Il ne s’agit pas seulement de la Grèce, mais du projet européen en général, soutient-il. "La mauvaise gestion de la crise a créé des divisions et des troubles sociaux dans toute l’Europe. Sans changements fondamentaux, je crains que tout le projet européen soit à risque", a expliqué cet ancien membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE). Il sera à Genève mardi pour une conférence organisée par le Centre international d’études monétaires et bancaires (CIMB) à Genève*.

Il ne mâche d’ailleurs pas ses mots à l’égard de l’institution basée à Francfort. Juste après la décision de lancer un programme de rachat de titres (QE), l’ancien grand argentier avait critiqué l’allégeance de la BCE à l’Allemagne, certaines clauses du programme semblant dictées par Berlin. Il évoque notamment le fait que les banques centrales nationales doivent assumer les risques de pertes éventuelles liées au rachat de dettes souveraines.

Il n’est pas plus tendre à l’égard des acteurs de cette crise en général. "Les politiques d’austérité ont créé de sérieux dommages dans plusieurs pays. De surcroît, la politique monétaire a été exceptionnellement restrictive ces trois dernières années", explique celui qui a été limogé de l’institution cypriote en 2012 et est désormais professeur à la Sloan School of Management du MIT à Boston.

Corriger ces "erreurs" ne sera pourtant pas évident, selon le Chypriote, qui a préféré éluder les questions sur son pays, les jugeant beaucoup moins centrales que le cas grec actuellement. Il estime qu’en l’absence d’un gouvernement commun, certains pays ont mieux réussi que d’autres à protéger leurs intérêts, au détriment des autres. En ligne de mire: l’Allemagne. "Ce pays est peut-être le seul dans la zone euro à avoir bénéficié de la crise. Les politiques mises en place ces dernières années ont l’air d’avoir été pensées pour garantir une bonne performance de l’économie allemande, plutôt que l’ensemble de la zone euro", considère Athanasios Orphanides.

A son avis, il ne fallait pas pousser des pays à mettre en place des réformes "récessives" lorsque les économies étaient fragiles. Il s’appuie sur le Fonds monétaire international (FMI), qui a reconnu lui-même que les effets de l’austérité avaient été sous-évalués.

De fait, poursuit cet ancien conseiller du conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine, les conséquences en Grèce ont été "catastrophiques", avec une chute du PIB d’un quart de sa valeur ces cinq dernières années. Les mesures imposées par la troïka (FMI, BCE et Commission européenne) l’ont été en grande partie sur l’insistance de Berlin, assure-t-il.

Alors que l’Eurogroupe se réunit à nouveau aujourd’hui lundi, l’ancien banquier central se dit "optimiste" sur l’éventualité d’un accord entre la Grèce et ses créanciers (lire ci-dessous). Mais sans illusion: "Je ne suis pas sûr que ce sera un bon accord, qui servira les intérêts de la Grèce et de l’Europe dans son ensemble."

Pour Athanasios Orphanides, "le public en France et en Allemagne, par exemple, devrait savoir la vérité sur ce qui s’est passé en 2010. Si le FMI avait pu mettre en place un programme comme il le fait pour d’autres pays en dehors de la zone euro, la Grèce serait dans une bien meilleure situation aujourd’hui", affirme le professeur. La destruction qu’a subie le pays est due au fait que le programme mis en place en 2010 a été influencé par des gouvernements, notamment la France et l’Allemagne, qui avaient d’autres objectifs en tête. En particulier protéger les banques de leur pays, souligne-t-il, citant l’ancien président de la Bundesbank, Karl Otto Pöhl. "Si l’opinion publique comprenait cela, elle reconnaîtrait que l’équité imposerait de réduire le fardeau de la Grèce."

*  La conférence aura lieu à 18h30 à l’IHEID (Maison de la paix).

Lire également l'article sur le cas de l'Argentine dans les années 1990-2000.

Situation économique mondiale: tour d'horizon

Source: Janwillem Acket (Chef éco. c/o Julius Bär) - Magazine Indices (janvier 2015)

La crise européenne est-elle terminée?

La BCE est confrontée à un dilemme car elle doit combattre le risque de déflation qui existe aussi pour la Suisse. Avec la hausse du franc suisse, on peut prévoir un taux d’inflation négatif de 0,9% en 2015. Pour l’instant, il y a en zone euro encore une situation de très faible croissance avec une inflation de 0,4% en 2014. Mario Draghi a baisser les taux d’intérêt déjà en juin dernier, une politique d’assouplissement suivie peu après par la Suisse, qui aurait cependant dû commencer au 3e trimestre 2013. Il y a un temps d’attente de l’ordre de neuf mois entre un assouplissement de la politique monétaire et son impact sur la conjoncture, si bien que l’effet de relance sur l’économie européenne devrait se faire sentir à partir d’avril 2015. Mais cela ne sera pas suffisant pour combattre le chômage ni pour réduire l’endettement. Le risque de déflation est sérieux en Europe qui, dans cette hypothèse, pourrait entraîner la Suisse. Dans ce scénario, dont la probabilité est d’environ 30%, le PIB de la zone euro pourrait s’inscrire à la baisse entre 0,5% et 1%.

Quel est le scénario principal qui comporte un effet de relance à partir d’avril?

Selon le scénario le plus probable, la croissance de la zone euro devrait atteindre environ 1% en 2015. Avec la hausse du franc, la Suisse ne devrait s’en sortir qu’avec une croissance estimée à 0,4% en 2015. La croissance suisse aurait pu atteindre 1,9% si le cours de 1,20 contre l’euro avait pu être maintenu. Heureusement, la Suisse bénéficie encore d’une demande intérieure considérable et de taux d’intérêt qui favorisent l’investissement. La BNS doit toutefois être prête à prendre de nouvelles mesures pour éviter la formation d’une bulle immobilière.

Les effets du renforcement du franc sont donc relativisés par la baisse des prix du pétrole?

Oui, nous avions initialement établi nos prévisions sur la base d’un cours moyen du baril projeté à 74,5 dollars avant de le ramener à 65 dollars. Cette révision à la baisse se traduit notamment par un effet positif de 0,2% sur la croissance suisse qui dépendra du niveau auquel le franc suisse va se stabiliser. Si le franc suisse reste à parité avec l’euro, cela aura un effet de décélération plus marqué, même un risque de récession, mais nous pensons que le niveau d’équilibre du taux de change devrait se situer entre 1,05 et 1,10. L’impact de la décision de la BNS (hausse du franc) devrait cependant être faible sur la plupart des sociétés de la riviera lémanique.

Le reste du monde se porte mieux que l’Europe?

Il y a la question du Japon qui, malgré la récente victoire d’Abe, est retombé à 0,1% de croissance l’année passée et ne devrait pas dépasser 0,7% en 2015. Les analystes ont sous-estimé l’impact du relèvement de la TVA en avril dernier. Mais la politique monétaire japonaise est très expansive, et il y a aussi des stimulis fiscaux. A l’inverse, les états-Unis seraient à la tête de la reprise avec une croissance de 3,5% en 2015, trois fois supérieure à celle de la zone euro et du Japon.

Et les BRIC?

La Chine devrait croître encore de 6,9% en 2015, après les 7,3% de 2014. La croissance va encore s’accélérer en Inde à 6% en 2015 après 5,5% en 2014. La croissance russe qui était encore de 0,5% l’année passée avec une inflation de 7,5% tombera à -1% en 2015. Le Brésil qui n’avait pas de croissance en 2014 avec une inflation de 6,5% affichera une croissance positive de 1% en 2015. On le voit, il y a des évolutions divergentes non seulement entre les blocs géographiques mais aussi à l’intérieur de ces grandes régions, avec des pays où l’inflation est élevée et la croissance modeste, voire nulle ou négative.

Mais globalement, assiste-t-on à un scénario d’accélération de la croissance?

La croissance du PIB mondial qui était de 3,2% l’année passée devrait atteindre 3,5% cette année, avec des performances très contrastées selon les continents. L’Asie va croître de 5,5% en moyenne, suivie de l’Afrique dont le PIB va progresser de 5% et de l’Amérique du Nord où la croissance devrait s’établir à 3%. L’Europe, on l’a vu, atteindra à peine 1% et l’Amérique du Sud fera à peine mieux avec 1,2%.

Ce semblant de relance de l’économie mondiale n’est-il pas attribuable à la baisse des prix des matières premières, notamment du pétrole?

Oui, les chiffres parlent d’eux-mêmes: le prix moyen du brut qui s’est inscrit à 90,6 dollars en 2014 devrait tomber à 65 dollars ou même moins cette année. Mais il est clair que les pays qui utilisent proportionellement beaucoup de pétrole pour produire une unité de PIB sont favorisés par des prix moins élevés et que ceux dont l’économie est plus efficiente sont moins sensibles aux variations de prix. En Europe, l’Allemagne bénéficie de 0,1% de croissance supplémentaire pour chaque 10 dollars de baisse des prix du pétrole, un effet de relance qui atteint 0,2% aux Etats-Unis. L’effet est plus marqué en Asie, par exemple en Inde où 10 dollars de baisse sur les prix du pétrole se traduisent par 0,3% de croissance en plus. Au niveau mondial, l’effet de relance d’une baisse de 10 dollars se traduit par 0,2% de croissance supplémentaire. La baisse du pétrole apparaît en effet comme le facteur essentiel de l’accélération de la croissance attendue cette année.

Quels sont les risques géopolitiques, notamment celui lié avec la confrontation autour de l’Ukraine?

Ils sont centrés autour de la Russie dont la situation pourrait avoir des répercussions sur les pays voisins. Mais la Russie, dont deux-tiers des exportations d’énergie vont vers l’Europe est plus dépendante de l’UE que le contraire. En fait, l’Europe est déjà en mesure de diversifier ses sources d’approvisionnement en gaz: il y en a en Mer du Nord mais aussi en Méditerranée orientale et des importations en gaz liquide sont possibles, notamment du Qatar. La Russie a donc plus à perdre qu’à gagner d’une poursuite de la tension avec l’Europe, même si elle n’en est pas seule responsable car l’Ukraine doit aussi prendre en considération les droits des minorités. Certes, la Russie essaie de se tourner vers la Chine mais la pose de conduites pour acheminer le gaz prendra quatre ou cinq ans. Un compromis avec des concessions de part et d’autre est donc préférable à une poursuite de la confrontation.

La Grèce représente-t-elle un risque pour la zone euro?

Si la Grèce quitte la zone euro cela coûtera à l’Allemagne les quelque 70 milliards d’euros portés en garantie pour la dette. Mais cela ne mettra pas en danger la zone euro qui bénéficie désormais de mécanismes de stabilisation qui n’existaient pas en 2011 et permettent de faire face à toute éventualité. Concernant la dette, il n'y a pas que la Grèce qui souffre d'un endettement abyssal. La plupart des pays ont vu leur dette exploser. C'est ce que montre une récente étude du cabinet Mc Kinsey. Parmi les mauvais élèves, la France qui a vu son endettement total bondir de 66%. Interview de Patrick Arthus, économiste français et directeur de la recherche et des études de Natixis dans le Journal du matin de la RTS.

Monnaie euro - franc suisse: abolition du cours plancher, quelles conséquences?

Source: UNIL, prof. Philippe Bacchetta (pdf)

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source de l'image: tdg

La Banque nationale suisse (BNS) a annoncé le 15 janvier 2015 l'abolition du cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro. Pourquoi cette décision? Quelles conséquences? Philippe Bacchetta, professeur d'économie à HEC Lausanne et passionné depuis toujours des questions de taux de change, nous explique.

L'annonce de la BNS est-elle une surprise?

Pas vraiment, même si la date de l’annonce est bien sûr une surprise. Depuis 2011, la BNS achète des euros afin de garantir le cours plancher et préserver l'économie suisse d'un franc trop fort. Mais cela n'est possible que tant que les réserves en devises* cumulées par la BNS n'augmentent pas trop ou pas trop vite. La semaine dernière, les résultats de décembre ont été annoncés: en un seul mois, ses réserves ont augmenté de 7%.undefined

Pour plusieurs raisons nous pouvions nous attendre à des interventions croissantes de la part de la BNS. La politique du cours plancher devenait difficile à maintenir plus longtemps.

Les médias relaient autant de réactions préoccupées que de propos rassurants. Faut-il s'inquiéter?

L'abolition du taux plancher a un coût, c'est certain. Le franc suisse va s'apprécier pendant plusieurs mois, à un niveau qu'il est difficile de prévoir. Il y aura de l'inflation négative et certains secteurs vont traverser une période difficile: le tourisme, l'industrie d'exportation, et donc les emplois.

Nous allons assister à une baisse de la croissance, mais il n'y a pas de raison de paniquer: cela ne nous mènera pas à une récession. L'appréciation de notre monnaie n'est pas une catastrophe.

Il faut comprendre que la situation n'est pas ce qu'elle était en 2011. A l'époque, en plus des problèmes liés au cours de l'euro, l'économie américaine allait mal. Aujourd'hui, l'effet est moins fort. Le dollar s'est apprécié, l'économie américaine va mieux et les perspectives dans la zone dollar sont donc meilleures. En parallèle, le prix du pétrole a notablement baissé par rapport à 2011. Les coûts sont alors en partie plus faibles pour les entreprises.

D'ailleurs le prix du pétrole va encore baisser du fait de l'abandon du cours plancher, de même que pour les autres produits d'importation. Si nous voulons voir cela sous un angle positif, le pouvoir d'achat des Suisses va globalement augmenter.

La BNS a abaissé les taux d'intérêts: quelles en sont les conséquences pour tout un chacun?

undefinedAfin d'atténuer les effets de l'abolition du cours plancher, la BNS a en effet abaissé les taux d'intérêts pour rendre les placements en francs suisses moins attrayants. Les banques vont-elles continuer à offrir des intérêts à leurs épargnants? Ce n'est pas sûr, car elles n'ont plus de rendements. Les banques facturent de plus en plus de services pour compenser cette perte, cela a déjà commencé.

Autre conséquence: la spéculation immobilière pourrait augmenter à cause de la baisse des taux d'intérêts, avec des taux hypothécaires qui quant à eux ne vont pas augmenter, voire baisser. (source de l'image: immobiliersuisse)


* Les réserves de change sont des avoirs en devises étrangères et en or détenues par la banque centrale ($550 MM pour la BNS en décembre 2014, soit la 4e réserve mondiale / source: wikipédia). Elles prennent la forme de bons et obligations émises par les États étrangers. Elles sont utilisées pour réguler les taux de change, en augmentant ou diminuant la demande sur une monnaie donnée. Pour plus d'information sur les objectifs et tâches de la Banque nationale suisse.

Support de cours ecol2.com sur le rôle et la régulation de la monnaie.

Monnaie et pouvoir

Source: L'Hebdo, blog sur "Les non-dits de l'économie", tenu par Sergio Rossi

La crise financière éclatée en 2008 au plan global, après la mise en faillite aux États-Unis de la banque d’affaires Lehman Brothers, a eu malgré tout un effet bénéfique pour la Suisse: elle a mis au centre de la scène le fait que les banques, en Suisse comme ailleurs, n’ont pas besoin d’une épargne préalable pour octroyer des crédits à n’importe quels agents économiques. Comme l’avait déjà fait remarquer Joseph A. Schumpeter dans les années 1950, "les crédits bancaires forment les dépôts dans le système bancaire", de par la règle incontournable de la comptabilité à partie double.

De là, le débat s’est enchaîné en Suisse quant à savoir si, afin d’éviter de nouvelles crises financières "systémiques", il convient d’attribuer le privilège de "monétisation" à la seule banque centrale – l’émission monétaire étant tributaire de l’octroi de crédit au bénéficiaire de la monnaie émise par l’institution bancaire concernée.

A qui attribuer le privilège de création de la monnaie?

L’initiative populaire fédérale pour une "monnaie pleine a le mérite de soulever cette question dans le débat public afin d’aboutir à un meilleur système économique. Si les partisans et les opposants à cette initiative savent mener des discussions fondées en termes scientifiques – plutôt que de s’affronter de manière émotionnelle et irrationnelle – ce débat a bien des chances d’être entendu par la classe politique et les autorités préposées à la stabilité monétaire et financière de l’économie suisse. Il est donc fondamental de commencer par s’entendre sur la nature de la monnaie bancaire, son pouvoir d’achat et son mécanisme d’émission.

undefinedC’est là, toutefois, où le bât blesse. Des deux côtés du débat, il y a des conceptions très différentes quant à savoir ce que la monnaie est, d’où tire-t-elle son pouvoir d’achat (étant donné qu’il s’agit simplement d’une écriture à partie double dans la comptabilité des banques) et comment se fait-il que les banques puissent prêter une somme qui n’existe pas a priori (ou ex-ante). Si l’initiative pour une "monnaie pleine" va récolter, jusqu’au 3 décembre 2015, les 100'000 signatures nécessaires afin que le peuple suisse se prononce à ce sujet en votation populaire, elle aura déjà atteint un succès fort remarquable: amener l’ensemble des parties prenantes – pas uniquement les milieux financiers – à comprendre que l’émission monétaire à travers le crédit bancaire est une action capitale pour la stabilité et la soutenabilité de l’ensemble de l’économie. Pour la Suisse, cela signifie concrètement qu'il faudrait empêcher sur le plan structurel qu’une banque quelconque puisse octroyer des crédits sans avoir récolté l’épargne suffisante pour financer des opérations qui, au final, ne génèrent aucun nouveau revenu dans l’ensemble du système économique. Par contre, il faut (continuer à) permettre aux banques de financer par des crédits ex-nihilo des investissements (productifs) car il en va de la formation du revenu national sur le marché du travail.

Comprendre la monnaie est ici essentiel car cela permet de réduire l’asymétrie des connaissances dont profitent en l’état les banquiers et les institutions financières non-bancaires au détriment du bien commun (entendez la stabilité et le développement durable des activités d’ordre économique).

Journal sur la monnaie (source du document et de l'image:iconomix)

Crise: comprendre le plongeon du rouble de cette semaine

Source: AFP

Profonde récession, flambée des prix, système bancaire fragilisé : si le rouble semble stabilisé après son plongeon historique du début de semaine, la Russie doit maintenant faire face aux lourdes conséquences du choc monétaire subi cette semaine.

Pour bien des Russes, c'est un soulagement. La monnaie nationale finit la semaine à peine plus faible qu'elle l'avait commencé, autour de 59 roubles pour un dollar. Le mouvement de panique boursière de lundi et mardi, quand le dollar a crevé le plafond inimaginable des 80 roubles, ressemble à un cauchemar qui vient conclure une année de chute progressive, sur fond de crise ukrainienne et de baisse des cours du pétrole, principale source de revenus de l'Etat. A l'origine du rebond: le gouvernement est sorti de sa passivité et a joint ses efforts à ceux de la banque centrale, acculée à une hausse de taux radicale (17% contre 10,5%). Mais surtout, les prix du pétrole ont rebondi.

"Consommation et investissements vont cependant pâtir de la hausse des taux d'intérêts, l'inflation va augmenter à cause de l'affaiblissement de la monnaie, la confiance est ébranlée, les banques vont demander l'aide du gouvernement et certains rayons seront vides après le Nouvel an", énumère-t-il. "La trajectoire de l'économie dans les six mois à venir va se révéler bien pire que prévu à cause de ce qui s'est passé cette semaine", prévient Chris Weafer, de la société de conseil Macro Advisory. Il prévoit une chute de 5% du produit intérieur brut au premier semestre.

Effet immédiat des montagnes russes des taux de changes, certains fournisseurs ont préféré tout simplement cesser leurs livraisons plutôt que d'augmenter leurs prix, sans visibilité: Apple a fermé sa boutique en ligne, Ikea a suspendu deux jours ses ventes de cuisines, les automobiles Opel et Chevrolet ne sont plus livrées aux concessionnaires. La presse russe évoque des décisions similaires pour les boissons alcoolisées et les vêtements importés (Zara, TopShop, Calvin Klein...), manière d'éviter de vendre à perte au moment où des Russes précipitent leurs achats pour anticiper la valse des étiquettes. Le mouvement commence déjà et l'inflation, déjà proche de 10%, menace d'atteindre les 15% dans les mois à venir, entraînant une baisse du pouvoir d'achat des ménages.

"On observe des signes croissants que la crise se répand dans le secteur bancaire", a également prévenu vendredi le cabinet londonien Capital Economics. Le secteur financier russe est particulièrement vulnérable, avec d'un côté de puissants mastodontes publics et surtout des centaines d'établissements fragiles. Les premières mesures annoncées dès mardi visent donc à assurer la stabilité financière: meilleur accès aux liquidités, assouplissement de normes comptables pouvant aboutir à des pertes. Dès vendredi, les députés de la Douma ont approuvé un texte prévoyant la recapitalisation des banques à hauteur de 1'000 milliards de roubles (17 milliards d'euros). La spirale du rouble a rappelé à bien des Russes la crise de 1998, quand la Russie a fini en défaut de paiement. "Les gens réagissent comme en 1998 mais il n'y a pas de raison: en 1998, la Russie était un pays en faillite, maintenant elle est en bonne santé financière", assure Chris Weafer

Plus de dix ans de prix élevés du pétrole ont permis à Moscou d'accumuler des fortes réserves de devises, qui dépassent 400 milliards de dollars même si elles ont fortement baissé avec cette crise. Sa dette publique dépasse à peine 10% de son PIB et le budget est resté pour l'instant équilibré, voire excédentaire.

Toutes les entreprises ne sont pas aussi bien armées, et certaines auront du mal à rembourser les crédits contractés en dollars ou euros. C'est par ailleurs toute l'ex-URSS qui se trouve fragilisée. La population du Bélarus, dont l'économie très fermée et dépendante de la Russie, semble craindre un effet domino et s'est ruée vers les bureaux de changes, dont beaucoup étaient vendredi à court de devises. Face à la panique, la banque centrale a décrété une taxe de 30% sur les achats de devises et des contrôles de capitaux, et la Bourse est restée fermée vendredi.

Monnaie: le rouble ne vaut plus... un kopek

La décision de l'OPEP de ne pas réduire sa production de pétrole a accentué la chute de la devise russe déjà malmenée par les sanctions européennes. Le rouble a ainsi atteint son plus bas niveau face au dollar et à l'euro depuis le krach d'août 1998.

Source: Laurence Habay du Courrier International

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Plus de 52 roubles pour un dollar, plus de 65 pour un euro : "C'est la plus forte baisse du rouble depuis 1998" [date du dernier krack en Russie], s'alarme Gazeta.ru.

Cet effondrement est une conséquence directe de la chute du prix du pétrole descendu sous les 70 dollars le baril (le 1er décembre). Les experts estiment qu'elle pourrait se poursuivre jusqu'à 40 dollars le baril, et "le monde assistera alors à la répétition des événements qui ont conduit, il y a trente ans, à la faillite du Mexique et ont mis fin à l'existence de l'URSS". "La chute considérable du prix du brut en 1997-1998 fut également l'un des facteurs ayant provoqué le défaut russe en août 1998", estime l'analyste principal de la Danske Bank, Allan von Meren.

La chute du prix du baril est quant à elle, rappelle Vedomosti, la conséquence de la décision de l'Opep, il y a deux semaines, de ne pas réduire sa production, soit 30 millions de barils/jour, quotas fixés en décembre 2011, et qui ne devrait plus bouger au moins jusqu'en juin 2015, date de la prochaine réunion des pays membres de l'organisation.

Déflation européenne

A noter qu'en parallèle, les données européennes montrent que les prix chutent depuis avril dernier en Allemagne, en France, en Italie, en Espagne, aux Pays-Bas, en Belgique, au Portugal, en Grèce et dans les pays baltes, ce qui alimente "la bataille au sein de la BCE entre les faucons allemands qui martèlent que les politiques monétaires d’assouplissement ne fonctionnent pas […] et Mario Draghi qui semble prêt à faire fonctionner la planche à billets pour créer de l’inflation", explique le Daily Telegraph.

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