Source: L'Hebdo, blog sur "Les non-dits de l'économie", tenu par Sergio Rossi,

undefinedSix années après l’éclatement de la crise financière globale, les États-Unis ont su relancer leur système économique et réduire notamment le taux de chômage au-dessous de 6%. L’Union européenne, par contre, affiche encore des taux de chômage dramatiques, surtout dans la zone euro, dont la croissance économique est purement illusoire en l’état et en perspective pour les prochaines années.

La question majeure que les responsables de la politique économique au sein de l’Euroland devraient se poser concerne le lien entre l’emploi et la croissance économique. Selon la doxa néolibérale, il faut agir sur l’offre de biens et services, déréglementant le marché du travail afin de stimuler les entreprises à engager davantage de collaborateurs dont la rémunération permettra aux firmes d’écouler toute leur production (qui n’aura dès lors plus aucune entrave pour se situer au niveau maximum potentiel). Or, l’évidence empirique montre le contraire: lorsqu’on réduit les acquis sociaux des travailleurs en période de crise, ceux-ci sont fort souvent mis au chômage par des entreprises qui cherchent à réduire le niveau de production afin de préserver leurs marges bénéficiaires ainsi que la rémunération des capitaux investis dans leurs activités. Les taux d’emploi et de croissance économique évoluent dès lors à la baisse.

Si l’on considère donc les "meilleures pratiques" états-uniennes, force est de reconnaître que le "policy mix" des États-Unis est plus efficace que celui appliqué à l’Euroland: au lieu de faire appel à la politique très accommodante de la banque centrale pour améliorer les bilans de bien des banques zombies en Europe, devant contrer les effets négatifs des mesures d’austérité, il faut soutenir et relancer l’activité économique à l’aide d’une politique expansionniste de la dépense publique, visant les investissements dans les infrastructures, les énergies renouvelables et la formation (continue) de la population.

Si le secteur public met en place une telle politique d’investissement, le secteur privé de l’économie a des perspectives moins incertaines pour mener à bien ses propres projets d’investissement à long terme, étant donné qu’il connaît les branches d’activités bénéficiant du soutien d’un État entrepreneur pour le bien commun. Le niveau d’emploi sera alors augmenté, induisant une croissance économique soutenable et qui va permettre de réduire les déficits publics nécessaires pour engendrer le cercle vertueux dont ont urgemment besoin les peuples de l’Euroland, victimes en l’état du cercle vicieux formé par la spirale auto-alimentée du couple "austérité–récession" de marque néolibérale.